lundi 12 mars 2012

tongs neuves

cinq ans après, retour au pays.
bon, ok c'est prétentieux, je n'ai jamais été qu'un touriste, là-bas.
mais c'est quand même un peu l'impression que j'ai eu en atterrissant à rio, il y a 15 jours, à la veille du carnaval.
arrivé à minuit, le souffle coupé par la moiteur ambiante, incapable de prononcer le moindre mot en portos (cinq jours plus tard, à mon retour en uruguay, ce sera l'inverse avec l'espagnol), je trouve un taxi.
enfin, une fusée-taxi.
parce que déjà en temps normal, ils ne sont pas particulièrement lents, mais au milieu de la nuit, seuls sur les boulevards surélevées au dessus de la ville, le bonhomme, en surpoids notoire et vautré dans son siège, n'est pas passé sous les 100 km/h avant d'arriver devant la porte de l'immeuble.
trace de gomme, ça vous fera 70 reais, merci.
assis à l'arrière, quand je ne fixais pas d'un oeil inquiet les compteurs (kilométrique et taximétrique), je regardais défiler la ville, tentaculaire, nauséabonde (si, si, rio, ça pue, au-delà de la zona sul - celle des cartes postales mais qui ne représente qu'une infime partie de l'agglomération carioca).
l'aéroport international est situé sur une île dans une infâme lagune, la bahia de guanabara, dont l'entrée sur l'océan est somptueuse mais le fond un vaste cloaque pestilentiel.
le bassin d'arcachon, à côté, c'est une piscine pour bébés-nageurs.
ça pue, mais c'est beau, rio.
même la partie moche, elle est belle.
en tout cas, impressionnante.
en même temps, je suis tellement frustré d'une vraie grande ville, depuis que je vis ici, que tout ensemble urbain comprenant un boulevard périphérique, trois immeubles de plus de 20 étages et plus de 2 millions d'habitants me paraît impressionnant.
ooohh la... tout doux les ariégeois.
je ne dis pas que je préfère la ville à la campagne.
je dis que tant qu'à être en ville, autant que ça soit une vraie ville.
pas albi en plus grand et en moins beau.





rio, donc.
11 millions d'habitants au total, des morros (les collines pointues couvertes de végétation tropicale qui font le charme de la partie littorale de la ville), sur les morros, des favelas (taches rouges sur fond vert), des autoroutes surélevées, des hélicoptères.
de nuit, une sensation de gigantisme humide, façon blade runner mais moite.
si je me fais bien comprendre...

accueilli chez une copine du boulot, à ipanema (ben tiens ! vous croyez que quoi, vous ? que je vais aller m'emmerder en zona norte ? eh, oh !)
luxe, calme et volupté.
jolis trottoirs en petits cailloux noir et blanc (muito tipico), plantes tropicales partout, beaux immeubles, la plus belle plage de la ville à deux cuadras.
mais dans luxe calme et volupté, il y a luxe.
et ça se paie.
un trois pièces à ipanema, c'est 3.000 euros.
un plat du jour, c'est 15 euros, un verre de vin, comme à paris.
même les tongs, la bière et les clopes sont devenues chères...

bien sûr, il y a aussi le centro, lapa, sante teresa...
le centro, magnifique.
beaux immeubles coloniaux totalement décrépis rongés par l'humidité (ils s'effondrent régulièrement), des petits troquets, des tas de boutiques, des fanions au-dessus des rues, du monde qui boit et fait la fête dehors: le carnaval approche.
dans le même coin, le manhattan local, quelques gratte-ciel (aranha-ceus), de larges artères, la nova catedral, impressionnante pyramide de béton de 100 m de haut.
ils aiment bien le béton, dans ce pays.
pourtant, avec l'humidité ambiante, ça devient vite lépreux.
ça a son charme, aussi.
ce qui frappe, par rapport à montevideo, c'est le monde dans les rues, au-delà de l'hyper-centre.
et, comme au pérou notamment, la multitude petits commerces informels sur les trottoirs, les plages.
tenus parfois par des enfants.
mais vendre des cacahuètes, les pieds dans le sable toute la journée, est-ce que c'est vraiment bosser ?
et à huit ans, anouk (ma nièce), elle a jamais vu ipanema.
et elle se plaint pas.
alors bon.

jeudi, soirée de carnaval privée, sponsorisée par une marque de bière (ce qui ne les empêche pas de vendre leur pisse-d'âne à 3 euros le godet).
tout le monde en blanc, dans une vaste salle climatisée, au décor kitchissime.
comme toujours au brésil, chacun à sa place.
les riches dans leurs camarotes (des sortes de loges), en hauteur, la populace au niveau du sol.
on a bien essayé de gagner en hauteur, mais les vigiles veillent au grain.
dingue ce que ce continent peut compter de vigiles.
bientôt, y'aura plus de vigiles que de pauvres.
encore qu'on peut être les deux.
musique carnaval: la bateria de je ne sais plus quelle école de samba (qui défilera le week-end au sambodrome).
la vérité ?
ça casse les oreilles.
et l'ambiance est un peu baloche, mais avec des nanas perchées sur 20 cm de talons au bras de gars deux fois plus âgés qu'elles et des caméras de télés qui rôdent à l'affût de petites vedettes de telenovela.
ça pue le botox et la célébrité passagère.

samedi, carnaval, le vrai.
c'est à dire les blocos, dans la rue (soit des groupes sur des scènes, soit des formations ambulantes, à pied, soit des camions).
quelle que soit la forme, c'est la journée, jamais le soir.
la nuit, on picole dans la rue en mangeant des brochettes, mais il n'y a plus de musique.
du coup, la musique commence tôt le matin.
mais il faut connaître les parcours ou les places où il y a des scènes, sinon, très facile de tout rater.
je rejoins laila et des amis à elle, pour aller à gloria, vers 14h00.
sur une place en plein cagnard, une scène, un groupe et des milliers de fêtards.
bières, tongs, short, débardeur (pour les plus habillés), déguisements (audacieux, par 35°C à l'ombre des cocotiers) et saucisses grillées.
tu danses, tu t'hydrates (antartica), tu en prends plein les mirettes et les esgourdes.
à 18h00, le drame: plus aucun vendeur ambulant n'a de bières.
on file dans le centre.
en titubant.
la chaleur se mue en moiteur, tout le monde un peu éméché, la ville pue la pisse, la vieille bière, la viande grillée.
les rues sont de vastes dépotoirs, jonchés de papiers gras, de canettes (en plastique, celles en alu sont immédiatement collectées par les catadores qui les revendent au poids), de plastique (celui qui entoure les packs de bières antartica).
tu fais ami-ami avec tout le monde, jamais mon portugais n'a été aussi fluide, il se passe pas grand-chose, juste des milliers de gens contents de se dépouiller.
parfois, un groupe de musique improvisé ou une sono sur le plateau d'un pick-up, des danseurs.
partout de la peau, de la sueur.
je retrouve un peu l'ambiance du carnaval de salvador, avec moins de promiscuité quand même.
puis retour en métro dans la zona sul.
une foule incroyable sur la plage, des déguisements sortis de priscilla folles de désert, des tas de métis sculpturaux en slip moulant en train de se rouler des pelles, des gars qui pissent en pleine rue.
la débauche, mais bon enfant.
à minuit, on tient plus debout, un dernier hamburger et au lit.

dimanche matin.
à 07h00, une main me secoue.
merde.
on doit aller écouter de la musique dans le centre avec la coloc de la copine chez qui je suis hébergé.
une douche, un coup de brosse à dents, deux boites d'ibuprofène, une perruque, une paire de lunettes rose et en avant jusqu'au métro (hey, le métro: deux lignes, 1,60 euro le ticket, pas de connexion avec les bus).
on arrive dans le centre.
désert.
gratte-ciels, avenues coupées à la circulation qui viennent d'être nettoyées, odeur épouvantable, un peu fin du monde comme ambiance.
on tourne une demi-heure, on finit par trouver: devant une église, un rassemblement.
et c'est parti: musique à fond, foule, bières.
à midi, mort.
retour, sieste.
19h00, dernière escapade vers copacabana.
une heure à essayer de trouver un guichet automatique que accepte les cartes étrangères.
les pieds niqués par les tongs neuves.
ils sont peut-être devenus la 6e économie mondiale, mais c'est toujours autant la merde pour tirer du fric.
quelques bières sur la plage.
minuit, dodo.
06h00, taxi.
08h00, avion.
11h00, montevideo.
il pleut.

à bientôt !
hugo.

Photos Rio



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