mercredi 10 octobre 2012

Ouh ! Ah ! Chavez no se va ! (1)

Venezuela-élections-présidentielles-social-logement,PREV
   Au Venezuela, on peut acheter sur les "marchés socialistes" sans être chaviste (REPORTAGE)
   Par Hugo DI ZAZZO
   =(PHOTO)=
  
   CARACAS, 2 oct 2012 (AFP) - Au "marché socialiste" de Proceres, dans l'ouest de Caracas, on peut acquérir des écrans plats, des réfrigérateurs, des cahiers d'écolier ou des fraises à la moitié des prix pratiqués dans les commerces "capitalistes", sans pour autant se prétendre chaviste.
   Mardi après-midi, soleil de plomb. Sous des parapluies ou des chapeaux en papier, plusieurs centaines de personnes font patiemment la queue, à l'entrée d'une gigantesque esplanade bétonnée cernée d'une luxuriante végétation, théâtre habituel de défilés militaires, où se déroule le marché.






   Ce jour-là, l'espace est planté de dizaines de tentes, abritant des stands tendus de tissu rouge, couleur de la "révolution bolivarienne" de Hugo Chavez. Ce marché itinérant constitue la vitrine de quelques unes des "missions" sociales lancées par le président sortant, candidat à la réélection dimanche prochain.
   S'il est possible d'obtenir une paire de lunettes (au stand de la mission Milagro), une consultation médicale (mission Barrio Adentro) ou d'acheter de la charcuterie, des couches, des boites en plastique ou des bidons de jus de fruit à des prix "socialistes" (mission Mercal), la foule s'est aujourd'hui déplacée pour la distribution d'appareils électroménagers à prix cassés.
   "Ici, on vend 40 à 50% moins cher que sur le marché capitaliste", explique à l'AFP Harry, grand métis affable de 26 ans, vêtu d'un polo rouge siglé Mercal, devant une rangée de 80 containers remplis d'électroménager chinois.
   Au milieu d'un ballet de diables charriant de volumineux cartons de machines à laver ou d'appareils à air conditionné, cet employé du ministère de l'Alimentation affirme: "L'objectif est que ça profite à la population, pas de gagner des voix".

                    Clientélisme ou redistribution ?
                    --------------------------------

   Entre redistribution des revenus pétroliers, comme le revendique le pouvoir, et clientélisme, comme l'accuse l'opposition, la frontière est ténue. Pour autant, tous les acheteurs ne sont pas des chavistes convaincus.
   "Je ne sais pas encore pour qui je vais voter. Beaucoup de gens qui achètent ici vont voter (Henrique) Capriles (le principal candidat de l'opposition)", assure Natasha, plantureuse jeune noire de 24 ans.
   En sueur dans son T-shirt violet à manches longues, elle attend son mari pour charger la télévision, la cuisinière et l'appareil à air conditionné qu'elle vient d'acquérir pour "6.000 bolivars en 36 mensualités", soit à peine 600 dollars au taux de change officieux.
   "Les gens se gagnent avec des faits, qui durent dans le temps" et pas avec des réfrigérateurs, explique-t-elle.
   Sylvia, une couturière quinquagénaire aux longs cheveux teints au henné, a déjà acheté de l'électroménager dans un de ces marchés, mais "pas de nourriture, elle est de trop mauvaise qualité au Mercal". De même, elle ne consulte jamais aux centres de santé de la mission Barrio Adentro, animés par des médecins cubains, car "ils te donnent toujours la même pilule".
   En revanche, elle s'approvisionne parfois au PDVAL, un plan de distribution d'aliments de la compagnie pétrolière publique PDVSA, qui finance de nombreux programmes sociaux.
   Selon elle, "tout a changé avec Chavez", et en bien, mais "il est entouré de voleurs et d'hyprocites", ce qui la fait hésiter sur le bulletin qu'elle glissera dans l'urne dans quelques jours.

                         Manque de transparence
                         ----------------------

   Yolanda D'Elia, sociologue ayant participé à plusieurs études sur ces missions qui valent à Hugo Chavez le soutien des classes populaires, reconnaît qu'elles répondent à des besoins, mais rappelle qu'"elles sont apparues en 2003, dans un contexte préélectoral", alors que Hugo Chavez allait affronter un référendum révocatoire l'année suivante.
   Si elles ont effectivement permis de faire baisser l'analphabétisme, d'améliorer l'accès à la santé ou les conditions de vie des personnes âgées ou mal-logées, Mme D'Elia estime qu'elles n'ont pas réglé "les problèmes structurels" et que leur existence est soumise au pouvoir présidentiel, car financées parallèlement au budget de l'Etat.
   "Ces programmes devraient être plus transparents et institutionnalisés, pérennes", afin de devenir un levier de développement et pas seulement "un outil politique", conclut-elle.

   hdz/

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire